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Bazart Magazine Rencontre La couv' BA été 2017 : Roger Guerrant

La couv' BA été 2017 : Roger Guerrant


article paru le jeudi 06 juillet 2017




L’écorché vif des falaises et du pays de Caux

Peintre normand disparu dans la force de l’âge en 1977, à Ecretteville-sur-mer, Roger Guerrant a stylisé son environnement entre front de mer et campagne, laissant une oeuvre verticale, symphonique et vibrante de milliers de gouaches, huiles et dessins. Une exposition et un film lui rendent hommage quarante ans après son décès. L’occasion de (re)découvrir cette figure du pays cauchois, en quête de liberté créatrice, qui a traversé son époque avec exaltation.

Chemin de vie

Fils de terre-neuvas, Roger Guerrant est né en 1930, à Saint-Pierre-En-Port, rue du musée, signe prémonitoire… Marqué dans son enfance par le battement des galets au pied des majestueuses falaises, il jouit d’une œuvre grandiose à ciel ouvert dans cet ancien village de pêcheurs. A 15 ans, il dessine ses premiers portraits et exerce ses talents deux ans plus tard chez Gallet, une entreprise havraise pour laquelle il va créer des toiles de cinéma durant 25 ans. Débordant d’énergie, ce robuste terrien trouve encore le temps de suivre les cours des beaux-arts de Rouen, chanter dans une chorale lyrique… et d’épouser Colette, dont il aura trois filles, toutes investies dans les arts plastiques ! Admirateur de Raoul Dufy mais cherchant assez tôt sa propre voie, il cumule les distinctions dans les années 1960, dont le prix de la ville du Havre et le prix Bourgeois à Rouen. La sculpture et la poésie viennent s’ajouter à ses moyens d’expression. Considéré comme l’un des chefs de file des peintres havrais par son charisme et son goût de la transmission, il fait des émules jusque dans les usines où il expose. Un cancer le terrasse brutalement, mettant fin à son appétit de vivre. Celui qui a participé à la création de l'Union Havraise des Arts Plastiques est aujourd’hui présent au Muma du Havre ainsi qu’à la Galerie d’Eric Baudet, son ami collectionneur de toujours.

Des falaises au prairies

Son œuvre protéiforme, livrée sur de grands formats, reflète ses inquiétudes existentielles. "Il plongeait à l'intérieur des choses et il voyait plus loin que nous. Il remodelait la nature, plus sensuelle, plus forte, plus vivante. Voilà ce qui le poussait à peindre, à écrire ou à sculpter." confie l’une de ses filles. Ses derniers tableaux semblent une synthèse du monde végétal, animal et minéral qu’il a aimé passionnément. Sa petite-fille Julie Ropars lui a consacré un film-documentaire à partir d’archives de l’Ina. La sortie concomitante du recueil de ses poésies apporte une double lumière sur son art.

Paysages marins et falaises : Si le peintre acte la présence laiteuse de la mer à grands coups de tracés pastel, son regard aiguisé retient avant tout le théâtre déchiré du rivage et les anfractuosités de la roche calcaire et siliceuse, tendre et dure, forte et fragile. La falaise qu’il peint est archéologique, il s’intéresse à ses entrailles ; mais aussi lyrique, ce ruban noueux de cathédrales primitives* s’élance vers le ciel.

Paysages terriens, compositions végétales et arbres : Le peintre embrasse l’espace à en faire éclater la toile, en volume épais et aplats de couleurs rugueux, impulsifs. Blancs nacrés des sols, bruns crémeux des champs de labours, verts sombres des bois, il tente de saisir les contrastes du pays de Caux et sa terre caméléon. Telles les falaises, les rangées d’arbres des talus cauchois se dressent contre vents et marées, parfois angoissantes, parfois drolatiques, suivant son humeur et les saisons. "Pitié pour les arbres", clame-t-il dans un article adressé à la presse locale. L’arbre est pour lui château végétal auquel il s’identifie jusqu’à son dernier souffle. Pour preuve, sur sa tombe est érigée sa sculpture en bronze figurant un arbre inversé et crucifié…

Événements : Hommage à Roger Guerrant au Centre culturel de Sainte Hélène-Bondeville du 12 au 27 août ou sur rendez-vous au 06 64 16 40 15. Vernissage le 11 août à 19h, avec lecture de ses poésies par le conteur Nordine Assani. Projection du film de Julie Ropars au ciné Grand Large à Fécamp, le 11 août à 17h.

* en gras et italique : phrases extraites de ses poésies.

La couv' : La puissance de son trait est là, dans cette Composition végétale de 1976, où le noir abyssal et les coups de pinceaux en saccades semblent lutter contre les forces obscures…

Aurèle Ricard

C/O : rogerguerrant.com

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Mise à jour le Mardi, 18 Juillet 2017 15:33  

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