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Bazart

La couverture Bazart Mag' 16 : Ecloz


article paru le lundi 30 mars 2009




Vincent Guillaume, alias Ecloz graff depuis douze ans. Aujourd'hui, loin des quais de gares fréquentés jadis et de la clandestinité, il peint dans sa confortable galerie nouvellement ouverte rue des Bons Enfants à Rouen. Assagi il ne lâche pas pour autant sa bombe de peinture. Il s'attaque maintenant à des toiles vendues dans des salons d'art contemporain et non plus à des tôles ferroviaires qui lui ont coûté très cher. Rencontre avec ce semi-repenti.

La couverture Bazart Mag

"Je ne pensais pas qu'à Rouen il pouvait y avoir de bons graffeurs ! ". C'est en se baladant dans sa ville d'adoption qu'Ecloz les découvre vers quatorze ans. Il attrape rapidement le virus. Au départ simple observateur, il pose beaucoup de questions aux graffeurs rouennais comme Jace ou encore Lksir. Puis il se hasarde sur des murs. Au début, il n'est pas très fier de son travail mais il apprend vite et persévère. Il s'intéresse aussi à l'histoire du graf. Contrairement à d'autres graffeurs, Ecloz n'est pas issu du milieu hip-hop, la danse, le skate, la musique ne l'intéressent pas, il a une attirance exclusive vers l'art graphique. Le vandale le séduit rapidement. "J'aimais travailler sur le vif, en cinq minutes et le jeu de l'interdit m'attirait, la performance et l'oeuvre spontanée aussi !" explique-t-il le regard encore pétillant d'enthousiasme. Loin des boîtes de nuit et des soirées enfumées, Ecloz passe ses samedis soirs à peindre des trains en toute illégalité. Ce loisir devient pratiquement une fascination, voire une addiction. Il lit Sncf magazine pour repérer "des beaux trains" , il passe des nuits blanches pour avoir le plaisir de voir "son train" arriver en gare, il part même à l'étranger pour peindre certains engins ferroviers rares ! "L'avantage à Rouen c'est que nous avons un beau dépôt de trains" ajoute-t-il le regard brillant. Avec son maigre salaire de contrat en alternance, il achète les bombes de peinture, les voyages et paye ses premières amendes. La première c'est la Ratp qui lui dresse après un graff sur le réseau parisien. La deuxième c'est la Sncf. En 2004, après cinq ans de vandale, il se fait perquisitionner et vit trois jours de garde à vue. L'un des ces comparses récidiviste fera de la prison ferme. Ecloz justifiant d'un salaire sera condamné à 55 000€ d'amendes pour le coût d'immobilisation et les frais de remise en service. Ce tournant déterminant l'accable dans un premier temps puis, lui donne une nouvelle force. Après avoir payé sa dette, il décide de gagner sa vie de cette passion jusqu'alors très coûteuse. Il est le seul des trois graffeurs-vandales arrêtés ce jour-là à continuer le graf et cette fois-ci officiellement.

Le graf aura sa place un jour dans les musées

Ecloz se lance dans la décoration. Grâce à son diplôme de commerce il négocie son art jusqu'alors gratuit. Sans complexe, il se présente dans les salons d'art contemporain parisiens. "Je n'ai pas fait l'Ecole des Beaux arts mais je considère que c'est ma force et mon authenticité !" affirme-t-il fièrement. Et cela fonctionne. Il gagne sa vie depuis 3 ans de la vente de ses toiles, des décorations réalisées pour des entreprises ou des particuliers. Il est inscrit à la Maison des artistes et a ouvert sa galerie en avril dernier au coeur de la cité rouennaise. Ce jeune artiste de vingt-six ans, ancien vandale, peut même se targuer d'avoir quelques collectionneurs et des clients fidèles. Son travail s'est donc vu modifier. Il réalise ses toiles dans le confort, mais toujours à la bombe précise-t-il, il y tient, "c'est un peu ma pâte". Il avoue timidement trouver l'inspiration rapidement et simplement, pour l'instant. Toutefois, ce fils de commerçant estime que pour y arriver il faut se lever tôt et persévérer. "Je ne suis pas un artiste rêveur et négligé", précise-t-il. Il admet que son travail a pris le pas sur sa passion, mais considère être toujours graffeur. Il lui arrive encore parfois de se faire plaisir sur des murs mais cette fois-ci en essayant de s'intégrer totalement à l'architecture du site. "Cet art évolue et un jour il aura même sa place dans les musées. Il a franchi le cap des quarante ans et il tient le coup", affirme Ecloz.

Il a toutefois un avis amer sur les graffeurs d'aujourd'hui. Les "jeunes" dit-il, vont du skate au graf en une semaine sans trop savoir quoi faire, sans persévérer, tout leur est apporté sur un plateau sans aucun effort, c'est trop facile". Ce sont donc les obstacles qui construisent le parcours, en-est-il aujourd'hui, à remercier la Sncf ? "Non pas tout de même, dit-il en souriant. Calmé mais pas prêt à rentrer dans les rails...

Nadège Faucin

C/O : Ecloz, 54 rue des Bons enfants, Rouen (76) - eclozdeco.com

Mise à jour le Mardi, 11 Janvier 2011 13:32  

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