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Bazart
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La couverture Bazart mag 6 : Delphine Devos


article paru le lundi 09 octobre 2006




La rencontre d'une artiste riche

Delphine Devos se qualifie de patouilleuse. Impossible pour elle de se désigner artiste, et pourtant... Ses peintures et sculptures sont belles. Elles sont parfois très gaies, parfois plus dures, inspirées de son quotidien d'infirmière. Mais elles sont toujours emplies d'altruisme et de talent. Rencontre avec cette autodidacte qui nous a fait craquer !


La couverture Bazart mag 6 : Delphine Devos


Il est 16h00. Delphine arrive sourire aux lèvres avec à la main ce que je pense être un album photo. Ce joli recueil s'avère être en fait son book, protégé soigneusement par une couverture épaisse de couleur rose clair. Elle s'assoit en face de moi et sa grenouille dressée sur son tee-shirt, me tire allègrement la langue. Cette arrogante me trouble. J'en perds mes notes. Je les récupère sur le sol et m'attarde un instant sur les converses blanches de Delphine. Elles sont blanches, décorées de marguerites. Pour l'instant, cette jeune femme au regard clair ressemble formidablement aux toiles qu'elle m'a envoyées. Gaies, drôles, belles, kilos en moins.

Rester dans la réalité

Nous commençons. Je lui affirme à nouveau que nous avons eu un véritable coup de coeur pour ses oeuvres. Nous sommes heureux qu'elle fasse la couverture. Elle me regarde et paraît étonnée. Elle m'avouera plus tard que mon appel l'a beaucoup surprise. Elle pensait que je m'étais trompée et que je parlais d'une autre personne ! Et pourtant, cette rouennaise d'adoption expose avec succès depuis plus d'un mois à l'espace Art'Tic. Une toute première présentation de ses travaux qui l'encourage, ose-t-elle m'avouer, timidement. Auparavant, seule sa famille était autorisée à voir ses oeuvres. "Les toiles et les sculptures se sont accumulées chez moi. Un jour il fallait bien les présenter, on n'avait plus de place !" Le cocon familial n'est pas seulement son premier regard mais également l'univers indispensable à son inspiration. "Cela m'aide à rester dans la réalité, et mon mari est très respectueux de mon travail", ajoute-t-elle fièrement. Sa fille joue également un rôle dans ses oeuvres. La série Lily (la une de Bazart) a été réalisée avec la précieuse collaboration de Zélie, sa petite fille de trois ans et demi. "Elle barbouille sur la toile blanche. C'est un premier jet réalisé un peu n'importe comment, mais cela me rend service... Elle s'éclate beaucoup à faire ça." ajoute-t-elle, en riant. Je ris aussi. Je suis loin de l'artiste académique. Tant mieux. On s'amuse plus.

Une véritable éponge

Cette série de femmes rondes, voluptueuses et drôles, Delphine s'en est inspirée du livre Lily la tigresse, de Kimhi Alona. Ce roman raconte l'histoire d'une femme belle, sensuelle, très attirante et vivant parfaitement ses fortes rondeurs. "Tout m'inspire. Je suis une véritable éponge !" Pour me le prouver, elle s'apprête à m'ouvrir son book. Mais auparavant elle tient à m'expliquer. Son visage se durcit légèrement. Elle est infimière en psychiatrie. Tous les jours, Delphine voit des corps qui souffrent. Elle peind des oeuvres plus dures qui lui servent, dit-elle, d'exutoire. "Quand je peinds ces personnages, j'ai tout de suite besoin de contrebalancer par des toiles gaies, colorées", dit-elle en retrouvant son sourire. Ceci dit. Elle ouvre son book. Je découvre effectivement au coeur de ses femmes rigolotes, des corps repliés, tristes, seuls, maigres, abandonnés... Je les trouve beaux aussi. Elle a su révéler leur beauté dans leur souffrance.

Découverte de l'homme

Dans son book, je lui fait remarquer que je n'y vois pas d'hommes. "Je peinds des femmes car j'en suis une !" Elle rit à ma moue. Sa réponse ne me suffit pas. Elle ajoute : "J'aime leurs formes, je me sens plus à l'aise avec leurs corps." Cette amoureuse de la matière qui a débuté par l'argile, aime leur donner des rondeurs en réalisant des bas-reliefs. Cependant, elle m'avoue, telle une adolescente, avoir découvert l'homme ! Cette révélation nous fait rire toutes deux. Cela faisait longtemps que cette autodidacte voulait peindre des personnages masculins. Elle s'est lancée récemment. "Il est seul pour l'instant mais peut-être que je vais en faire d'autres. Cela m'a plu. Le corps masculin se révèle être très riche", me confie-t-elle, avec son regard coquin.


Il est 18h07. Au téléphone Delphine m'avait dit qu'elle ne savait pas parler de ses oeuvres. Elle se révèle être une délicieuse piplette, drôle et riche d'anecdotes. Seul mon prochain rendez-vous m'oblige à interrompre notre échange. Mais je serais bien restée à rire avec cette artiste, si généreuse.

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De l'une à l'autre. Jusqu'au 14 octobre à l'Espace Art'Tic - 178 rue de Martainville 76000 Rouen. Mardi-vendredi 15h/19h. Samedi 11h/19h. Dimanche 10h/14h.