L’étrange univers de Monsieur Kerner
Quand il n'est pas en train d'illustrer pour Libé ou le New York Times, d'officier comme DJ pour les nuits rouennaises ou d'enseigner à Paris, il dessine des petits personnages inquiétants pour ses projets à lui. Rencontre avec Emmanuel Kerner, un univers agité, un gars cool !

Une forme qui évoque un rideau. Un personnage bizarroïde espionnant derrière un arbre. Un paysage étrangement désertique. Un personnage féminin qui peut faire penser à une héroïne de tragédie shakespearienne ou grecque. Une lumière jaune qui n’est pas sans rappeler celles de la scène. C’est un peu flippant, oui, mais en même temps joyeusement coloré ! Nous voilà dans l’univers d’Emmanuel Kerner, qui s’est inspiré, pour la couverture, du dossier de ce numéro.
Dans l’univers onirique du dessinateur, les personnages sont souvent dentés ou grimaçants et le décor plutôt hostile. Et bien, on peut vous confirmer que l’homme est beaucoup plus rassurant que ses œuvres ! Lui est posé et décontracté. Il avoue toutefois un goût pour la marge, les freaks, l’underground, et une tendance à porter un regard un peu grinçant, ironique ou monstrueux sur les choses.
Illustrateur…international !
Cela dit, il est arrivé que des éditeurs jeunesse fassent appel à lui pour des sujets plus « rassurants », très éloignés de son univers. « Les petits animaux mignons, je sais les faire mais je ne me retrouve pas plus que ça dans cet univers. Mon style passe bien pour des dessins sur Halloween, des extra-terrestres, des pirates, des super-vilains, etc. » L’illustrateur a travaillé sur huit livres jeunesse, parmi lesquels un ouvrage de la série Sagesses et Malices chez Albin Michel Jeunesse. Une histoire où il est question de petits curés tentés par le diable. « Là, c’était parfait : je pouvais dessiner des diables et des curés avec de drôles de tronches ! J’étais très content du résultat, l’éditeur aussi. »
Son trait, Emmanuel Kerner le promène également dans les colonnes des grands titres de presse. Pour Libération, où ses dessins sont publiés depuis quatorze ans dans les pages société, faits-divers et livres, mais aussi dans le Monde, l’International Herald Tribune, le New York Times ou encore le Washington Post.
Dessinateur tout-terrain
Peut-être avez-vous aperçu l’oiseau au Salon du livre jeunesse de Rouen ou au festival de BD de Darnétal l’année dernière… A moins que ce ne soit au Vicomté, à Rouen, où il est à l’oeuvre derrière les platines tous les week-ends, faisant partager ses petites pépites soul, funk ou disco ! Installé depuis deux ou trois ans à Rouen, ce Parisien n’a jamais vraiment quitté sa ville d’origine. Entre son travail d’enseignant dans des écoles d’art à Paris, ses commandes, ses créations personnelles et son activité de DJ résident, ce touche-à-tout ne tient pas en place !
Actuellement, Emmanuel Kerner prépare un projet d’exposition pour le mois de février à la Rose des Vents, magasin de friperie et de brocante à Rouen, avec une série de dessins adaptés au lieu notamment. Mais l’idée de ne pas se limiter au seul support papier se fait de plus en plus présente. Celui qui a expérimenté tour à tour le design textile, la sérigraphie ou la gravure, pendant ou après ses études, voudrait diversifier ses techniques : faire de la sérigraphie sur t-shirts, sur affiches, toucher à la céramique « et faire des personnages en volume ! », ou encore adapter ses personnages pour de la décoration intérieure… Même dans la création, le garçon cultive l’art de varier les plaisirs !
Valérie Berthoule
C/O : wmaker.net/imprimante/kerner2



