Samedi 15 septembre, Musée de la céramique de Rouen. Dans la cour, une foule est réunie autour d’une scène jonchée de sculptures sur terre. Il est 16 heures. Dominique Angel a pris place au-devant de la scène. Il est l’auteur de l’installation réalisée in situ pendant les dix jours de sa résidence, avec le concours des étudiants de l’Ecole régionale des Beaux-arts, de l’équipe technique du musée et parfois même du public.
Ce n’est pas la première fois que l’artiste est invité au Musée de la céramique. Certains se souviennent de sa série de photographies présentée lors de l’exposition Céramique fiction où on le voyait se recouvrir progressivement de terre jusqu’à disparaître sous la matière. On peut donc s’attendre à une transformation de sa part. D’autant qu’à ses pieds, on aperçoit des plaques de terre crue.
L’intervention débute par la lecture d’un texte personnel dans lequel il évoque avec humour nos rapports avec la céramique d’art et la céramique utilitaire. Son discours terminé, il saisit alors les fameuses plaques et commence à se les appliquer sur la figure. Au bout de quelques minutes, c’est un homme avec une tête de monstre qui s’élève devant nous. Et lorsqu’il commence à se diriger vers l’entrée du musée, la foule le suit, amusée et visiblement très curieuse de voir ce que cet énergumène à la démarche peu assurée va bien pouvoir faire.
Patrimoine éphémère
Dès la première salle, l’olibrius renverse l’ensemble de la vaisselle disposée sur une vitrine. Soit l’archétype du sacrilège dans un musée ! On a beau s’y attendre, cela reste perturbant ! Sa visite se poursuit dans les différentes salles d’exposition, « jouant avec les nerfs » du cortège lorsqu’il longe les collections. Une fois de retour sur la scène extérieure, le sculpteur se libère de son masque et s’éclipse sous les applaudissements de l’assistance. Le tout, en à peine une demi-heure.
Les curieux iront ensuite découvrir, à l’intérieur du musée, un corpus de dessins préparatoires, de photos et une vidéo documentant l’opération et le travail de l’artiste. Quant aux sculptures, il les laissera se dégrader naturellement avant de venir les achever quelques semaines plus tard.
Dominique Angel n’a manifestement pas l’air de se prendre très au sérieux. Mais si sa performance est drôle, elle fait également sens. « Son questionnement sur l’art pérenne dans la ville est très pertinent », souligne Christine Germain, conservateur du musée. « On trouvait intéressante sa démarche d’inviter les gens à réfléchir sur la perception de l’art dans le temps dans un lieu historique à travers la création d’oeuvres éphémères. »
Le dispositif, de sa conception à sa destruction, fera l’objet d’une exposition organisée par l’Ecole des beaux-arts de Rouen en janvier 2008.
V.B.